LA VIEILLE FEMME
Le dos courbé, tout doucement,
elle marche si lentement,
tête baissée dans ses regrets.
Elle va pour ne pas pleurer.
Et, toute recroquevillée,
si fragile comme l'osier,
courbée telle une branche
au loin elle se déhanche.
Mais toujours fières, vaillante,
elle avance, confiante,
d'une belle assurance,
superbe désespérance.
Elle marche sur ses rides.
Déjà son futur est vide.
C'est une branche noueuse
parmi la foule rieuse.
C'est un oiseau blessé
qui est présent, tête baissée.
Elle cache sa misère.
Ses douleurs doivent se taire.
Elle est si proche du sol.
Jamais ne prendra son envol
car elle n'a plus d'avenir.
Là, son avenir va finir.
Elle va car c'est son destin
effacer son passé hautain.
Elle marche sur ses rêves.
Bientôt laissera la grève.
Elle marche pour oublier.
Elle marche pour supplier.
Sa jeunesse est dérobée,
tête baissée et dos courbé...
Michèle