EAU DE LA VIE
Je vis ici tout en me regardant vivre.
C'est un autre moi-même sur un navire
qui vogue sur les flots au loin tout doucement,
emporté par le courant subrepticement.
Je m'éloigne de la rive vers l'inconnu,
bercée par le mystère, mon coeur est à nu.
Je suis attirée par le chant des sirènes
et déjà tout mon être est en haleine.
Je me plais à rêver, à me laisser glisser
sur les flots de mon imagination irisée.
Dans mon âme, je traverse ma Mer Rouge.
Ici, sur cette côte, plus rien ne bouge.
Je veux ressusciter Abel assassiné,
le frère incompris, frère éliminé,
doucement le réveiller ; il est endormi
car au fond de mon coeur, je ne vis qu'à demi.
Et surprendre ma conscience qui s'abime
contre tous les rochers violents des abimes,
des profondeurs abyssales inutiles
qui n'absorbent de la vie que le futile.
Michèle