L'homme est une fenêtre sur le monde,
ouverte à tous les grands courants qui grondent
de toutes parts, au hasard de l'existence.
Il se donne et donne son enfance.
Il s'ouvre à la vie ; il s'ouvre au monde
toujours sur cette immense terre ronde.
Il vit en communiquant avec les autres.
Il vit parmi ses frères et ses apôtres.
Il parle encore, toujours, mais que dit-il
à haute voix ? Son silence est si subtil.
Il parle pour noyer son profond mystère,
son angoisse si cuisante qu'il enterre
dans un coin secret de son coeur d'adolescent
qui demeure écorché, à feux et à sang.
Alors il cache ses peines sous des rires.
Il ensevelit ses pleurs sous des sourires.
Il emprisonne son âme, la baillonne.
Sa tristesse s'éloigne et tourbillonne,
camouflée dans un jardin secret , interdit
où il totalise tout ce qu'il n'a pas dit.
Il accumule tel des trésors tous ses cris :
cris étouffés , cris retenus et cris non dits.
Car le vrai malheur si profond doit se taire.
C'est un secret non partagé, un mystère
qui doit se prolonger dans la solitude ;
il ne peut se révéler à la multitude.
Individuel, il est intraduisible.
Si personnel, il doit rester invisible.
Michèle