Toi, le passant si tranquille, bien protégé,
tu es là , immobile, comme un objet,
fantôme errant d'une très grande ville,
tu vis mais tu es isolé dans ton île.

Barricadé par des lois et des frontières,
tu vis à l'écart de la terre entière.

Etranger, impassible et indifférent
à ce qui se déroule, là, hors de ton rang,
à tout ce qui est éloigné de toi, des tiens ;
égoïste, le monde entier t'appartient.

Tu le vois, le juge avec ton seul regard.
Tes yeus sont limités, froids, vides et hagards,
handicapés, incapables de réagir,
aveugles et impuissants, ne pouvant agir.

D'ailleurs, le voudraient-ils, le pourraient-ils vraiment ?
Ils sont baillonnés, solidement, savamment.
Tout ce qui se trame, d'eux, est indépendant
car ils ne peuvent même pas montrer les dents.

Ignorants et guidés, ils sont manipulés.
Bridés mais bien à l'abri, ils sont muselés.

Prisonnier en liberté, homme gouverné,
tu suis docilement les lois de tes aînés,
passivement les actions de tes dirigeants,
les accords et les opinions de tant de gens...

Prisonnier d'un pays souverain et libre,
tu obéis, tu ne peux plus être libre.
Michèle