L'existence est un navire fragile
tellement agité même immobile ;
si bouleversé même dans une île
si tourmenté même s'il paraît tranquille.

Des flots de la vie, il subit tous les remous ;
il se cogne, se blesse et il devient fou.
Dès son baptême, il plonge dans les froides eaux,
apprend à ses dépens à guider son bateau.
Il reçoit les giffles du vent, de l'air, du temps
et souvent pleurniche, se plaint du mauvais temps.

Parfois, par grans soleil, son ciel est nuageux ;
il doute si fort et il devien t ombrageux.
Il vogue à droite, à gauche, hésitant.
Il ne sait où aller ; il souffre tant et tant.
Il ne sait que faire, que dire ; il a mal.
Pourtant, de l'extérieur, tout paraît normal.

La vie l'épargne de ses violentes rages ;
il n'y a pas de tempête, pas d'orages ;
il n'y a même pas de si fortes vagues.
On pourrait presque voir, dans la mer, les algues,
les rochers, le sable, les poissons tranquilles,
la mer protectrice ; c'est une mer d'huile.

Et pourtant ce navire vit dans un courant
constant, ténu, invisible au demeurant
qu'il paraît ne pas exister, mais il ressent...
Il est coupable de l'écume de ses sens.