Je me plais à penser, je me plais à rêver.
J'aime pouvoir chercher pour me retrouver,
forcer mon esprit à creuser une idée
comme un cheval réfractaire, le guider.

Guider ma tête comme je guide mes pas
car le vagabondage, je ne le veux pas.
J'aime me donner des buts, avoir des projets
car la vie est unjaillissement, c'est un jet.

C'est une projection de soi vers l'avenir ;
ce n'est pas l'eau stagnanten ni le souvenir ;
c'est un perpétuel mouvement de l'être,
du corps, de l'esprit dès qu'il doit apparaître.

Le plus souvent, le corps aspire à l'action
et il se sent très actif dans l'agitation ;
il se saoule de bruit et d'inutilité
ignorant la pensée et la sérénité.

Et l'esprit peu à peu s'atrophie, inactif.
Il n'agit plus, tout au plus, il devient rétif,
rebelle ou peureux, mais il ne pense plus ;
il ne réfléchit plus, c'est alors superplu.

Ne devenons pas ces moutons obéissants
amorphes, seulement faits de chair et de sang.
Ne laissons donc pas notre esprit en friches.
Nous pouvons penser; nous sommes donc riches !