LES YEUX
Deux cercles de porcelaine ornés de vert,
de bleu ou de marron, sur le monde ouvert,
sont les deux témoins permanents de notre vie.
Ils expriment la joie, la tristesse, l'envie,
l'étonnement, l'attrait, la curiosité,
l'angoisse, la peine ou la morosité.

La joie, et ils s'embrasent de mille soleils;
ils s'illuminent, resplendissent; c'est l'éveil
du bonheur soudain qui envahit leur être ;
tout à coup ils paraissent vraiment renaître
à la vie, à l'espoir, à l'inaccessible.
Là, pour eux, brusquement, tout devient possible.
Ils sont victorieux, vainqueurs, oui, ils sont heureux
car nourris par l'idéal, ils sont amoureux.

La peine, ils s'inondent d'un manteau de pluie.
Le soleil est mort, éteint; jamais il ne luit.
Ils s'embrument, ils sont baignés d'un grand chagrin
qui étouffe leur éclat, leur air si serein
et noyés par des larmes qui viennent mourir
sur l'ourlet de leurs paupières, anéantir
leurs illusions dans un grans torrent de larmes.
C'est une détresse d'un coeur en alarme.

Ils sont les deux ponts, les deux voies de passage
les brèches qui d'un coeur ouvrent le message.
